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“Dilafruz présente l'héritage intemporel ouzbek aux Franciscaines, où l'art, la mode et la narration se rencontrent à Deauville.”
À Les Franciscaines à Deauville, la mode est devenue une toile vivante, où héritage, art et narration se sont entrelacés dans un dialogue des cultures. Le musée s’est transformé en une scène de créativité et d’émotion, orchestrée par Tatiana Lebedeva et Philippe Jurkowicz, et mettant en vedette des créateurs du Kazakhstan et d’ailleurs.
Parmi les moments forts, la maison de mode Dilafruz s’est distinguée, portée par une vision ancrée dans l’héritage, l’histoire et des muses profondément personnelles. La maison est née dans la ville historique de Shakhrisabz, en Ouzbékistan, berceau de Timur et des merveilles architecturales timourides. Pour Dilafruz, l’art et l’artisanat sont indissociables. Les tapis faits main et les suzani — textiles richement brodés transmis de génération en génération — ne sont pas de simples inspirations, mais des héritages vivants.
Enracinée dans la tradition tout en transcendant les frontières, Dilafruz crée des vêtements qui sont à la fois des récits et des artefacts. Chaque pièce est un dialogue entre l’histoire, la mémoire personnelle et un art intemporel. Bien que Shakhrisabz reste le fondement de la marque, son ambition est universelle : connecter, inspirer et évoluer.
Après ses présentations à Paris et Deauville, nous avons discuté avec Dilafruz Rustamovna des inspirations, des tissus et des techniques qui ont façonné sa dernière collection — une étude de l’héritage, de l’artisanat et de la portabilité contemporaine.
— SUNA MOYA
DILAFRUZ
“Dilafruz présente l'héritage intemporel ouzbek aux Franciscaines, où l'art, la mode et la narration se rencontrent à Deauville.”
QCEG : Qu’est-ce qui a inspiré votre dernière collection, présentée à Paris et Deauville ? Quels tissus et techniques avez-vous utilisés ?
Dilafruz Rustamovna : Ma collection est entièrement conçue en noir et blanc — des teintes intemporelles qui varient selon la manière dont elles sont portées. À Shakhrisabz, les préférences esthétiques ont historiquement été façonnées par l’élite de la ville. Les vêtements grands et ornés, souvent richement brodés, étaient traditionnellement destinés à la noblesse. Ce code créatif — grands chapans, suzani et robes — forme la base de ma collection.
Je me suis inspirée de l’école de broderie de Shakhrisabz, en particulier de ses larges bordures à trois bandes et de motifs tels que les quatre lampes et les buissons fleuris. Chaque élément a été choisi avec soin pour créer une identité visuelle cohérente. Tous les textiles sont tissés à la main avec des fils de soie et des techniques de couture traditionnelles. En Ouzbékistan, le suzani — ces textiles tissés à la main transmis dans le trousseau d’une mariée — reste une tradition vivante. Créer des tissus conçus pour durer un siècle est, pour moi, un véritable art.
La palette noir et blanc fait une déclaration audacieuse tout en restant universellement portable. Les silhouettes amples et fluides — parfaitement capturées par le mot français allure — expriment l’élan, la grâce et la présence magnétique d’une femme drapée dans l’un de mes chapans, ces robes traditionnelles réputées pour leur élégance et leur fluidité.
QCEG : Comment équilibrez-vous l’artisanat traditionnel ouzbek avec la mode contemporaine ?
Dilafruz Rustamovna : À Shakhrisabz, les vêtements ont toujours été à la fois fonctionnels et beaux. Cela m’a appris, dès mon plus jeune âge, que la mode doit s’inscrire dans les rythmes de la vie réelle.
Aujourd’hui, l’individualité et les tissus naturels sont très prisés. Les clients modernes façonnent leur propre image, ce qui permet à des pièces audacieuses et originales de coexister avec des vêtements adaptés à la vie urbaine quotidienne — comme des cardigans inspirés des chapans, mais raccourcis. Chez Dilafruz, nos collections haute gamme sont fabriquées à partir de textiles tissés à la main, transformant chaque vêtement en une pièce de collection.
QCEG : Vous avez mentionné que les femmes de votre famille sont vos muses. Comment cette influence se manifeste-t-elle dans votre travail ?
Dilafruz Rustamovna : Les femmes de ma famille — mon arrière-grand-mère, mes grands-mères et ma mère — incarnent la grâce, la force et la résilience. Leur influence est intrinsèque, tissée dans mon être comme les saisons de ma ville natale. Elle se manifeste dans mes silhouettes, mes broderies et les récits discrets intégrés dans chaque pièce — un hommage à leurs vies et à leur héritage.
QCEG : Le suzani est au cœur de votre travail. Pouvez-vous expliquer sa symbolique et votre approche pour le faire revivre ?
Dilafruz Rustamovna : Le suzani est une narration en fil. Traditionnellement, des symboles du soleil, de la lune et des planètes sont brodés dans les textiles de mariage, avec de petits espaces intentionnellement laissés pour que les générations futures poursuivent le travail. J’honore cette pratique en mêlant histoire et mode contemporaine afin qu’elle vive, évolue et parle au 21e siècle.
QCEG : Trouvez-vous de l’inspiration chez d’autres créateurs contemporains ?
Dilafruz Rustamovna : Absolument. Des créateurs comme Madina Kasymbaeva m’inspirent ; elle aussi fait revivre l’art traditionnel pour un public moderne. Nous partageons la conviction que l’héritage est vivant — il doit respirer, se transformer et inspirer les générations futures.
QCEG : Quelle a été votre expérience sur la scène internationale de la mode à Paris et Deauville ?
Dilafruz Rustamovna : Paris et Deauville sont des plateformes légendaires pour la mode mondiale. J’ai ressenti à quel point mes inspirations — ancrées dans l’identité « made in » de ma marque — ont profondément résonné auprès des experts français et du public international. Les grands chapans, ainsi que leurs homologues plus courts et polyvalents, offrent des possibilités de style infinies. Chaque silhouette, chaque geste, porte un récit historique — des valeurs qui intriguent et connectent à travers les cultures.
QCEG : Quelle a été la réaction du public international, et qu’avez-vous ressenti en partageant l’héritage ouzbek sur des scènes aussi prestigieuses ?
Dilafruz Rustamovna : Deauville, en particulier Les Franciscaines, a laissé une impression indélébile sur moi. Le programme Art-Storytelling a réuni des créateurs du monde entier pour partager leurs visions. Deauville elle-même — où Chanel a ouvert sa première boutique et a découvert son amour pour le beige, inspiré par le sable, la mer et le ciel — était le cadre parfait. J’ai été profondément émue par l’accueil chaleureux du public envers notre héritage, reconnaissant l’histoire, l’artisanat et la narration dans chaque pièce.
QCEG : Quel message souhaiteriez-vous partager avec le public ?
Dilafruz Rustamovna : Pour moi, le design est une question d’authenticité — honorer ce qui m’a été transmis par mon environnement, mes traditions et mon héritage. Le monde va vite, mais je m’efforce de laisser chaque collection se déployer à son propre rythme, sans hâte.
Chaque collection prolonge le récit de la précédente, chacune étant un fil dans une tapisserie plus vaste. Mon ambition est de rester en avance sur son temps : créer des tendances plutôt que de les suivre, tout en n’oubliant jamais d’où mon voyage a commencé.