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Élégante, bienveillante et d’une puissance discrète, Christelle Santabarbara incarne une force artistique rare — une présence qui s’exprime avec douceur tout en laissant une empreinte durable. Derrière sa grâce naturelle se révèle un esprit affûté et inventif, entièrement dévoué aux plus hautes disciplines de la Haute Couture. Lors de la 25e Serbia Fashion Week, elle a captivé Novi Sad, démontrant avec évidence ce qui la distingue. Christelle conjugue délicatesse et audace, sensibilité et génie.
Diplômée de l’École des Beaux-Arts et de l’École de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, elle affine son savoir-faire au sein des maisons de couture parisiennes les plus prestigieuses avant de fonder la maison Dupré Santabarbara. Pendant dix ans, ses créations figurent au calendrier officiel de la Haute Couture parisienne, saluées pour leur capacité à transformer des matières inattendues en silhouettes sculpturales et fluides. Cette vision avant-gardiste lui vaut les plus hautes distinctions françaises : le Prix de la Maîtrise Technique, le Grand Prix de la Création de Mode de la Ville de Paris, ainsi que le titre d’Un des Meilleurs Ouvriers de France (MOF).
À Novi Sad, le Musée de la Voïvodine s’est transformé en théâtre du savoir-faire. Devant 150 invités — dont 20 participants cousant à ses côtés — Christelle a dirigé une masterclass consacrée à l’incrustation de dentelle Haute Couture, avec le soutien de Sophie Hallette et de l’Institut français de Serbie. Une introduction cinématographique retraçait son parcours artistique et l’héritage de la dentelle, ouvrant la voie à une démonstration chorégraphiée : lecture des motifs, placement précis, bâti de stabilisation, découpes d’une extrême précision et finitions invisibles à la main — cette frontière subtile où l’artisanat devient art. Chaque geste avait un sens. Chaque silence, une intensité.
La soirée s’est conclue par un cocktail chaleureux et une cérémonie empreinte d’émotion, au cours de laquelle Christelle a remis un prix au directeur du Musée — un échange symbolique de savoir-faire, de culture et de transmission.
— SUNA MOYA
CHRISTELLE SANTABARBARA
« MAÎTRISER LA DENTELLE HAUTE COUTURE ET LE SAVOIR-FAIRE FRANÇAIS »
QCEG MAG : Lors de la session pratique, vous avez guidé les participants étape par étape. À quel moment avez-vous senti que vos techniques étaient pleinement comprises et assimilées ?
Christelle Santabarbara : Je le ressens lorsque l’atmosphère change, lorsque la pièce semble respirer autrement. Les participants entrent dans une concentration profonde, les questions se raréfient, les gestes gagnent en assurance et les points deviennent réguliers. Mais surtout, je vois apparaître la joie, celle de créer. Cette joie n’existe que lorsque la technique est véritablement maîtrisée, quel que soit le temps nécessaire.
Dans ces dernières heures, le temps semblait suspendu. Nous sommes entrés dans ce que j’appelle le « flow » de la Haute Couture, un moment où la concentration s’aiguise, le silence s’installe, et où seule compte la création de quelque chose de beau, de personnel, fait avec amour. Chacun est reparti avec sa propre pièce de dentelle appliquée, façonnée de ses mains, un souvenir véritablement unique.
QCEG MAG : Vous insistez souvent sur l’importance de la transmission. Comment l’héritage et le savoir-faire influencent-ils la mode contemporaine ?
Christelle Santabarbara : L’héritage et le savoir-faire sont à la fois le socle et la source d’inspiration. Plus la maîtrise des techniques rares et ancestrales est profonde, plus la création finale devient personnelle, unique et contemporaine.
Le savoir-faire est la grammaire du vêtement. Sans lui, même la vision la plus brillante reste superficielle. C’est comme le langage : plus le vocabulaire est riche, plus l’histoire est profonde. Ou comme la musique : avec trois notes, l’expression est limitée ; avec un clavier entier, les possibilités sont infinies. La dentelle appliquée en est l’exemple parfait, une fois maîtrisée, la créativité n’a plus de limites.
QCEG MAG : Le titre de Meilleur Ouvrier de France est l’une des plus hautes distinctions françaises. Comment influence-t-il votre manière de créer, d’enseigner et d’inspirer ?
Christelle Santabarbara : Être Meilleur Ouvrier de France n’est pas un trophée, c’est un engagement à vie. Le col tricolore me rappelle chaque jour quatre piliers : l’excellence, la rigueur, la transmission et la préservation.
Il guide mon enseignement. Je pose des bases solides : des gestes précis, des coupes maîtrisées, des finitions raffinées, puis j’encourage, je corrige et je rassure jusqu’à ce que la confiance s’installe et que la joie prenne le dessus.
Aujourd’hui, je préside le jury Haute Couture Flou et Prêt-à-Porter de Luxe du concours MOF, élue par des représentants de Dior, Chanel, Yves Saint Laurent et de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. C’est un honneur, mais surtout une responsabilité : défendre l’excellence, l’équité et la tradition, en France et au-delà.
QCEG MAG : Votre masterclass associait rigueur technique et émerveillement artistique. Comment conciliez-vous précision et créativité ?
Christelle Santabarbara : La précision est essentielle. Plus le geste est juste, plus l’imagination s’ouvre et moins il y a de limites.
QCEG MAG : Les collaborations, comme avec la maison de dentelle Sophie Hallette ou l’Institut français en Serbie, enrichissent l’expérience pédagogique. De quelle manière ?
Christelle Santabarbara : Absolument. Sophie Hallette est une maison française historique, et placer une matière d’exception entre les mains d’un élève change tout. La qualité se ressent immédiatement. Leur don était un acte de générosité et de transmission : « Où que vous soyez, nous vous apportons le meilleur pour que vous progressiez. »
L’Institut français en Serbie, et en particulier Madame Vanja Manić-Matić, a joué un rôle tout aussi essentiel, en traduisant en temps réel et en créant un lien entre les cultures. Nous n’étions pas là pour enseigner de manière verticale, mais pour partager. Chacun a apporté son expertise et, ensemble, nous nous sommes élevés.
Les participants sont repartis non seulement avec une pièce de dentelle appliquée, mais aussi avec un regard plus aiguisé et des gestes plus sûrs, ce qui est pour moi le plus précieux.
QCEG MAG : Qu’est-ce qui définira la prochaine génération de créateurs et d’artisans de la Haute Couture ?
Christelle Santabarbara : L’artisan demeure le gardien de l’excellence, maîtrisant le geste, écoutant la matière, respectant le temps.
Le créateur doit considérer la maison de couture comme un laboratoire de recherche : audacieux, visionnaire, mais toujours ancré dans la technique. La liberté vient après la maîtrise. Les outils numériques et les nouveaux matériaux ne sont pas des ennemis de la tradition, mais des alliés.
QCEG MAG : Comment le savoir-faire traditionnel évoluera-t-il à l’ère du numérique ?
Christelle Santabarbara : Le luxe repose sur des techniques séculaires qui évoluent grâce à l’innovation, toujours en quête d’excellence.
Le monde numérique va vite et privilégie l’éphémère, à l’opposé de l’artisanat. Les gens se lasseront du temporaire. Le travail fait main retrouvera toute sa valeur. Les heures investies dans une pièce deviendront une garantie d’authenticité. L’avenir est prometteur pour ceux qui restent fidèles à leur singularité.