ANREALAGE AUTOMNE/HIVER 2026–27 COLLECTION « GHOST »
Au cœur de l’architecture souterraine de l’Ircam, où le son devient presque visible, Kunihiko Morinaga envisage la disparition non comme une absence, mais comme une forme. La référence est Ghost in the Shell de Mamoru Oshii — un monde où le corps ne disparaît pas, mais se dissout, se diffracte dans son environnement jusqu’à rendre l’identité elle-même instable.
Morinaga transpose cette idée dans des vêtements qui ne définissent plus le corps, mais le déstabilisent. Le défilé fonctionne comme un système plutôt qu’une scène — un champ saturé de code, de lumière et d’images fragmentées. Les silhouettes apparaissent, audacieuses et exosquelettiques, avant de se dissoudre lorsque leurs surfaces réactives, développées avec LED TOKYO, absorbent et retransmettent leur environnement. Au moment de la synchronisation, le contour disparaît. Le corps ne subsiste que dans le mouvement — jamais fixe, jamais totalement visible.
Face à cette disparition, un contrepoint d’excès se déploie. Des silhouettes volumineuses aux accents des années soixante-dix — romantiques, flamboyantes, résolument présentes — entrent en collision avec une précision technique. Des ornements évoquant des antennes suggèrent la transmission, prolongeant le corps en interface. Si l’invisibilité constitue une voie possible, l’amplification en est l’opposé. Les matières refusent toute stabilité. Les motifs floraux se brouillent en bruit numérique ; des fragments de Ghost in the Shell se dissolvent en code et en circuits. Les textiles développés avec la technologie FOREARTH de KYOCERA atteignent une douceur picturale sans eau — une présence née de l’absence.
Tout se transforme. Rien ne se fixe. Au final, même l’environnement s’efface. L’écran se fond dans l’architecture jusqu’à disparaître entièrement. Un dernier geste d’absorption. Ce qui demeure est une question.
Si le corps peut se dissoudre, si l’identité n’est plus ancrée mais dispersée, que subsiste-t-il ? Morinaga ne propose qu’une réponse : s’habiller ne consiste plus à exprimer une identité. C’est en négocier la visibilité. Et quelque part, dans cette négociation, une trace persiste — un fantôme, peut-être.











































































