UNGARO DÉFINIR L’IMPACT DE L’ÉLÉGANCE À TRAVERS L’ART
Kobi Halperin, directeur artistique d’Ungaro, entre dans la pièce et l’atmosphère se transforme subtilement. Le showroom s’anime, entre acheteurs, presse et photographes en mouvement, tandis que les mannequins défilent, chaque silhouette incarnant l’esprit de la collection. Depuis ses débuts, Halperin a insufflé un nouvel élan à cette maison historique, en fusionnant son ADN emblématique avec une vision contemporaine de la féminité. Les étoffes ondulent avec fluidité. Le savoir-faire se révèle dans chaque détail. L’élégance se déploie avec naturel, jamais imposée, toujours ressentie. Couleurs et discrète théâtralité définissent sa signature, dessinant une garde-robe pour des femmes dont la sophistication est instinctive, exprimée à travers l’allure, le geste et la présence.
Pour la saison Automne Hiver 2026 à 2027 présentée à la Fashion Week de Paris, Halperin s’est inspiré du Portrait de Madame X, dont il traduit l’aura énigmatique en une étude de confiance, de retenue et de glamour raffiné. Chaque silhouette équilibre sensualité et maîtrise, affirmant avec subtilité que le véritable pouvoir appartient à celles qui captivent sans effort.
Dans l’entretien qui suit, Halperin évoque les inspirations, la palette et la philosophie de sa dernière collection. À sa rencontre, ce n’est pas l’extravagance qui marque, mais l’intention. Sa vision ne cherche pas à surprendre, elle cherche à résonner.
« Je suis ravi de présenter cette nouvelle collection », confie-t-il. « Elle prend naissance dans Madame X, que j’ai découverte au Metropolitan Museum of Art, à New York, où je vis. » Jadis jugée scandaleuse, l’œuvre devient ici une réflexion sur l’identité. « Ce qui m’a profondément touché, c’est la capacité du portrait à révéler tant de choses sur son sujet. Pour moi, c’est exactement ce que fait la mode, elle dévoile quelque chose de plus profond chez la personne qui la porte. »
Plutôt que de réécrire l’héritage d’Ungaro, Halperin instaure un dialogue avec celui-ci. « Il s’agit de reprendre les éléments classiques créés par Monsieur Ungaro et de les rendre pertinents aujourd’hui, non pas pour choquer, mais pour évoluer et célébrer la beauté. »
La collection se déploie à travers une palette volontairement maîtrisée, dominée par le noir et le blanc, ponctuée de touches métalliques et du rouge signature d’Ungaro. « Le rouge devient une couleur de contraste, très Ungaro », explique-t-il. Au-delà de la couleur, c’est le savoir-faire qui structure l’ensemble. « Tout repose sur la qualité d’exécution et les détails. C’est ce que j’aime apporter à chaque collection. »
L’une des tensions les plus fascinantes de son travail réside dans sa dualité. Le tailoring dialogue avec des silhouettes fluides, les codes du vestiaire masculin s’adoucissent au contact du féminin, la structure rencontre le mouvement. « J’aime mêler tailoring, inspirations masculines et pièces très féminines. Cela crée un contraste et une modernité nouvelle », souligne Halperin.
Il identifie également un manque dans la garde-robe contemporaine. « Il existe un véritable vide dans ce que j’appelle la tenue d’événement, pas uniquement le soir, mais aussi en journée », observe-t-il. Sa réponse se trouve dans le jeu de superpositions, des pièces capables de traverser les moments, les contextes et les identités. « L’idée est de proposer des looks adaptés à un événement sans être strictement du soir. C’est une attente réelle aujourd’hui. »
Au final, la collection ne s’impose pas, elle s’inscrit. Elle suggère que l’élégance contemporaine ne relève pas de l’excès, mais de la précision, ni du spectacle, mais de la vérité. « Je crois profondément à la nécessité d’apporter de la beauté au monde », conclut Halperin. « Nous en avons plus que jamais besoin. » Dans un monde en quête de sobriété élégante, cela pourrait bien être la déclaration la plus forte.



























